Carnets de voyage

Mexique – Mourir.


Mexico, jour 13.

J’ai annulé mes réservations d’hôtels sur un coup de tête pour m’envoler vers Chiapas, gardienne de la culture Maya au Mexique. Cette région m’appelait. Une belle rencontre à l’auberge a donné sens à mon séjour là-bas : “si tu veux m’accompagner, je participe à un Temazcal samedi”. Parfait. 

En arrivant, je savais pourquoi j’étais là : je venais affronter ma peur de mourir. Pour les Toltèques, vaincre cette peur est la dernière étape avant de devenir un guerrier de lumière. Celui qui n’a plus peur de la mort est capable de renaître autant de fois qu’il est capable de mourir. 

Chacun prend la parole pour déposer ses intentions. 35 degrés dehors, 60 dedans. Une petite hutte, bien hermétique, plus concentrée en vapeur que les grandes. Mon mental s’emballe, 40 chevaux partent au galop. “Je suis ici pour affronter ma peur de mourir”. Le chamane sourit. Il m’avoue à demi mots que nous serons deux. 

La cérémonie commence, j’essaye de lâcher prise. Ma tête ne veut pas. Elle reste accrochée à cette peur comme une étoile reste aggripée à son rocher. Je comprend alors qu’elle vient de mon mental qui cherche encore à contrôler, à travers la dernière croyance qu’il peut encore maitriser. 

Le chamane me demande : “Qu’as-tu à perdre si tu arrêtes de contrôler ?”. La réponse me vient instantanément : “el poder”, “le pouvoir”, “l’orgueil”. Aqui esta mi mente. Contrôler me permet de me sentir puissante. 

On dit en thérapie que la prise de conscience représente 80% du travail. Les 20% restants, l’énergie du Temazcal s’en est chargée. Et j’ai enfin pu lâcher.

A la dernière porte, le groupe entame un mantra : “Curandera bienvenida”, “Guérisseuse, bienvenue”. J’explose en sanglot. J’ai la gorge serrée. Des images de femmes brûlées sur un bûcher me viennent en tête. Je comprend que ma peur de mourir est aussi liée à des mémoires karmiques de cette femme que j’ai été, autrefois brûlée vive pour avoir soignée. Je comprend aussi d’où vient ce frein inconscient que je n’arrive pas à enlever. Le développement de mes capacités restait lié à cette peur de mourir pour les avoir utilisés, avant. “Marina, a quien quieres dar la bienvenida ?” “Bienvenida a todos los Curanderos y Curanderas que se hicieron quemar, que sepan que pueden regresar sin miedo”. “Bienvenue aux guérisseurs et guérisseuses brûlés vifs sur un bûcher, qu’ils sachent qu’ils peuvent revenir sans peur”. Mon cœur s’envole, mon plexus s’ouvre. Je souris. 

A la fin du Temazcal, avant de sortir de la hutte, il me dit : “Marina, creo que tienes mucho amor que dar al ser humano. Pero antes, el ser humano tiene que darte amor”. “Marine, tu as beaucoup d’amour à donner à l’Humanité, mais avant, l’Humanité doit te donner de l’amour”. Je me remet à pleurer. Je sors, à genou devant la porte et enlace chaque participant, de cœur à cœur, en prononçant cette phrase qui apaise tant : “te perdono”, “je te pardonne”.

Ici à Chiapas, pendant ce Temazcal, je suis morte une première fois. Et j’ai pu renaître, libérée de mes peurs, remplie d’Amour. 

Si je met mon âme à nue en vous racontant cette expérience, c’est d’abord pour démystifier ce dont nous parlons tous tout bas, et c’est surtout pour vous faire prendre conscience à quel point notre mental peut nous jouer des tours. La limite entre Amour et Orgueil est fine, l’ego cherche sans cesse à nous faire basculer de l’autre côté. “La traque”, dans la pratique Toltèques, où l’art d’observer notre mental pour libérer nos croyances, nos émotions, est la clés.

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